Un libre penseur, un philosophe, ne saurait trop s'encanailler à la télévision sous peine de voir sa pensée dégénérer et se corrompre inéluctablement. A force de bouffer à tous les râteliers médiatiques, la pensée s'empatte, devient lourde et gourde, grasse et pesante. Certes les normands goûtent la cuisine au beurre, mais cela suffit pas à expliquer pourquoi la pensée de Michel Onfray plonge, depuis quelques temps, dans les plus profonds abîmes de la médiocrité intellectuelle. Après avoir vociféré avec la meute des journalistes, lors de l'affaire Tarnac, faisant fi de tout recul critique, le voici qui nous donne son avis sur l'affaire Polanski, dans la chronique mensuelle de son site. Je me permets de reproduire ici la totalité du texte qui est fort court :
"Misère! Nous venons d’apprendre que Polanski, citoyen français domicilié en Suisse (probablement par amour du chocolat…), a été appréhendé par la police helvétique au motif qu’il a jadis drogué et alcoolisé une jeune fille de treize ans avant de la sodomiser, puis de se soustraire à la justice américaine qui lui demandait d’ajouter quarante -huit jours à une peine de quarante pour solde de tout compte à cette aventure ! Gageons que, pour les mêmes faits, un quidam serait encore aujourd’hui à croupir dans la cellule d’un pénitencier aux États-Unis. Vaguement black, il aurait même pu goûter de la chaise électrique… En France, notre président, si l’on en croit notre Ministre de la Culture, et notre Ministre des Affaires étrangères, flanqué en cela par un aréopage issu du gotha pelliculaire, estiment injuste cette décision de justice… Si cette bande de mafieux trouvait injustes les décisions de justice concernant les sans-papiers dont on rase les campements d’infortune ; si elle s’indignait de l’injustice faite aux travailleurs dont les patrons-voyous ferment les entreprises avant d’abandonner à leur sort des familles d’ouvriers pour en exploiter de plus misérables ailleurs sur la planète ; si elle s’étranglait devant l’injustice qui consiste à ponctionner l’indemnité maladie d’un accidenté de la vie ; si, si, et si, alors elle aurait droit à crier au scandale concernant le passé pédophile et criminel (c’est le mot qui convient en droit) d’un des VIP du jour.
La pédophilie a une bonne presse. Quand Bayrou rappelle à juste titre que Cohn-Bendit (Le grand bazar, Belfond, page 159) caressait des enfants et se laissait caresser le sexe par eux, c’est Bayrou l’infâme ! Quand Matzneff réédite aujourd’hui sans problèmes Les moins de seize ans, un éloge massif de la pédophilie, y compris sous sa forme marchande, publié en 1974 dans une collection de Laffont dirigée alors par Jacques Chancel, puis qu’il publie le détail de ses frasques chez Gallimard dans une collection pilotée par Sollers ; quand René Schérer contribue au même combat avec Emile Perverti dans une collection animée par Jean-François Revel en 1974, un livre réédité en 2006 ; quand la « Pétition française contre la majorité sexuelle » adressée au Parlement en 1977 invite à dépénaliser la sexualité entre adulte et mineur consentant (!) rassemble la fine fleur des intellectuels d’alors (Derrida & Sollers, Deleuze & Guattari, Sartre & Beauvoir, Althusser & Barthes) mais aussi les désormais sarkozystes Kouchner & Glucskmann, (Bruckner publiant pour sa part une lettre de soutien dans Libération en 1979 en faveur de Gérard R. un inculpé poursuivi pour sa sexualité avec des « jeunes filles de six à douze ans »), personne ne trouve à redire, pas même Dolto, signataire elle aussi…
Les enfants sont les esclaves des esclaves et d’abord sur le terrain sexuel. La raison des enfants, leur logique, leur libido sont leur affaire, pas celle des adultes : je revendique pour eux le droit à une sexualité entre eux, mais en aucun cas avec un adulte, quelles que soient les modalités prétendument consentantes de cette relation. L’ascendant naturel dont dispose tout adulte, notamment par la maîtrise du langage, l’arme de prédilection du pervers, installe de facto la relation sous le signe de la domination. Qui oserait parler du consentement des poules pour défendre le renard ravageant le poulailler qu’il transforme en boucherie ?"
"C 'est donc avec l'accord des parents que Muehl entretient une relation amoureuse et sexuelle avec deux jeunes filles de quatorze et quinze ans. Des toiles entreposées aujourd'hui à la communauté témoignent de la qualité de la relation entretenue, de part et d'autre, par Muehl et l'une des deux jeunes filles. Voyant là l'opportunité de manger le père, pour le dire comme le Freud de Totem et Tabou, quelques-uns, dont les parents qui ne s'étaients jamais plaints, par ailleurs, de leur statut ni de celui de leurs filles, ont mis en place un piège qui devait se refermer sur Muehl. Plainte fut portée pour sexualité abusive. Les autorités politico-judiciaires, soutenues par l'assentiment populaire, eurent le triomphe facile. Le procès fut tenu comme s'il s'était agi d'une sorcière persécutée en plein Moyen Âge. La jubilation des bien-pensants fut à son paroxysme lorsque la sentence tomba : sept années ferme. "
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